Le BLOG

le compagnon idéal pour les managers qui veulent progresser sans perdre le sens du réel

Ce blog vous accompagne au quotidien : on y suit les aventures de Vincent Mathieu, on y explore les personnalités difficiles, on y découvre des outils concrets et on y questionne la posture du leader. l’objectif : vous offrir des repères solides, modernes et immédiatement actionnables, en respectant l’expérience, le bon sens de terrain et la réalité de vos responsabilités.

Episode 04 – Marc, le râleur qui voit toujours le verre à moitié vide

Le vendredi matin, à 8h55, le plateau d’AAA Technologies avait un bruit bien à lui.
Le ronronnement des PC qui s’allument, les « bonjour » encore un peu ensommeillés, la machine à café qui crache ses premiers expressos.

Et puis il y avait le soupir.

Un soupir long, lourd, parfaitement reconnaissable, qui venait toujours du même endroit : le troisième bureau à gauche, juste en face de la baie vitrée.

— « Pfffff… »

Marc Lenoir venait de poser son sac.

Quarante-deux ans, technicien méthodes. Chemise gris clair, jean sombre, barbe de deux jours. Il n’avait pas la présence flamboyante de Paul la forte tête, ni la tension nerveuse de Thomas l’anxieux. Mais il avait autre chose : une capacité méticuleuse à repérer tout ce qui ne va pas… et à le commenter.

Il alluma son écran, parcourut la liste des mails, et le petit théâtre quotidien commença.

— « Évidemment… » marmonna-t-il.
— « Mais bien sûr… » souffla-t-il plus fort.
— « On marche sur la tête… » lança-t-il suffisamment haut pour que le voisinage profite.

Karim, installé juste derrière lui, leva les yeux au ciel. Il échangea un regard avec Julie de l’autre côté de l’allée. Elle haussa légèrement les épaules, comme pour dire : « C’est reparti. »

— « Qu’est-ce qu’il y a encore, Marc ? » finit par demander Karim, plus par réflexe que par curiosité.

Marc pivota sur sa chaise, mains ouvertes dans un geste déjà blasé.

— « Qu’est-ce qu’il y a ? Tu as lu le mail sur ORION ? Passage en équipe réduite. “Optimisation des ressources”, qu’ils disent. En clair, on va faire le boulot de cinq à trois. Mais tout va bien, on est AAA Technologies, on adore les miracles. »

Karim se tut. Il savait que s’opposer ne faisait que rallonger la tirade.

Marc continua, lancé :

— « Et leur truc de Lean dans l’atelier… Tu paries combien ? Trois post-its, deux réunions, une photo pour la newsletter interne, et dans six mois plus personne n’en parle. On fait semblant, comme d’habitude. »

Il ne criait pas. Il arrosait. Une fine pluie de remarques acides, fatalistes, qui tombait toute la journée.

Vincent Mathieu traversait le plateau un café brûlant à la main. Il entendit, au vol :

— « De toute façon, dès qu’un truc marche, ils le changent. »

Il ralentit à peine. Il connaissait le refrain par cœur. Mais ce matin-là, quelque chose dans les épaules de Julie, déjà un peu tombantes à 9h, le décida à ne plus laisser filer.


Quand le cynisme casse la dynamique

À 9h30, la réunion quotidienne sur ORION démarra dans la petite salle vitrée « Cassiopée ».
Le point devait être rapide : avancement, risques du jour, arbitrages.

Julie ouvrait la séance. Thomas présentait ses risques réorganisés, plus structurés qu’avant. Claire avait deux slides de calculs à partager. Marc, lui, était avachi au fond de sa chaise, bras croisés, l’air de celui qui connaît déjà la fin du film et ne l’aime pas.

— « Bon, globalement, on a tenu les jalons, » expliqua Julie. « Il reste deux sujets ouverts sur l’atelier. Marc, tu peux nous dire où tu en es sur le nouveau standard ? »

Il soupira ostensiblement.

— « Où j’en suis ? » répéta-t-il. « Au même point qu’il y a deux semaines. »

Un silence tendu s’installa.

— « C’est-à-dire ? » demanda Vincent, posé.

Marc leva les yeux vers le plafond, comme pour implorer une patience supplémentaire.

— « C’est-à-dire que je peux pondre tous les jolis standards du monde, quand on serre les effectifs et qu’on coupe les heures sup’, l’atelier bricole. Donc on peut faire semblant, cocher la case “standard mis en place”, et on se racontera que tout est sous contrôle. »

Julie tenta de sauver l’échange.

— « On a quand même avancé sur les gammes, non ? »

— « Si avancer, c’est remplir un Excel qui finira dans un dossier partagé que personne n’ouvrira, oui, on est champions olympiques. »

L’air s’alourdissait. Claire baissa les yeux sur ses notes. Thomas se replia instinctivement sur son carnet. La dynamique qui commençait à tenir depuis quelques semaines se dégonflait à vue d’œil.

Vincent posa sa tasse.

— « Marc, je vais te demander un truc simple : là, j’entends ce qui ne va pas. J’ai besoin aussi de ce qu’on peut faire. On en parle après la réunion, d’accord ? Pour l’instant, on garde le fil. »

Le ton restait calme, mais la limite était posée. Marc haussa à peine les épaules, se renfonça dans son siège et passa le reste du point à ponctuer les interventions de micro-soupirs.

La réunion se termina. Dans le couloir, Julie rattrapa Vincent.

— « Je t’avoue que j’en peux plus… » lâcha-t-elle. « À chaque fois qu’on essaie de lancer quelque chose, il trouve un angle pour dire que ça ne sert à rien. À force, je me surprends à me censurer avant même d’ouvrir la bouche. »

Vincent regarda un instant la porte de Cassiopée se refermer, puis fit un choix : ce serait aujourd’hui.


Reprendre la main sur l’impact du râleur

L’après-midi, Vincent proposa à Marc un café, « pour parler ORION ».
Ils s’installèrent dans une petite salle donnant sur le parking, avec une table ronde et deux chaises qui grinçaient un peu.

Marc s’y laissa tomber, le gobelet coincé entre ses doigts.

— « Alors ? » lança-t-il, entre lassitude et défi. « Tu viens m’expliquer que je plombe l’ambiance ? »

— « Je vais te dire ce que je vois, oui. » répondit Vincent.

Il prit quelques secondes.

— « Ce matin, dans Cassiopée, tu as tiré la réunion vers le bas en trois phrases. Quand tu parles comme ça, tu vois l’effet sur les autres ? Au bout de deux minutes, on a l’impression que tout ce qu’on fait est inutile. »

Marc grimaça.

— « Je dis juste ce que tout le monde pense. »

— « Non. Tu dis ce que beaucoup ressentent parfois. La différence, c’est que toi, tu le répètes. Tous les jours, sur tout. Et à force, tu ne te contentes plus de constater : tu vides les gens de leur énergie. »

Marc baissa les yeux sur la table.

— « Tu préfères qu’on fasse semblant ? Qu’on se dise que tout va bien ? »

— « J’ai besoin qu’on soit lucides. Pas qu’on se sabote à l’avance. Et c’est là où, aujourd’hui, tu bascules du mauvais côté. Tu mets le doigt sur des vrais sujets, mais tu les lances comme des verdicts, pas comme des problèmes à traiter. »

Le silence s’étira. On entendait, au loin, une porte de camion se refermer sur le parking.

Marc finit par lâcher, plus bas :

— « Tu sais, ça ne vient pas de nulle part. Dans ma boîte d’avant, on a tout donné sur un projet de réorganisation. On y croyait vraiment. On a refait l’atelier, on a formé tout le monde… Six mois après, annonce de fermeture. Rideau. Alors oui, maintenant, quand j’entends “vous verrez, ça va être super”, j’ai du mal à sortir les confettis. »

Vincent hocha lentement la tête.

— « Je comprends que tu sois méfiant. Et je ne vais pas te vendre du rêve. Par contre, ce n’est pas l’équipe actuelle qui t’a planté. Et pourtant, c’est elle qui encaisse ton amertume tous les jours. »

Marc serra les mâchoires.

— « Je préfère être celui qui voit venir les coups que celui qui se fait encore surprendre. »

— « Sauf qu’à force d’annoncer que ça va mal finir, tu décourages ceux qui essaient encore quelque chose. Et quand ça coince, tu peux te dire : “Vous voyez, je l’avais bien dit.” Mais entre-temps, tu auras vraiment pesé dans le mauvais sens. »

Vincent se pencha légèrement en avant.

— « La question est simple : tu veux avoir raison, ou tu veux que ça se passe un peu mieux pour toi et pour l’équipe ? »

Marc se renversa contre le dossier.

— « J’aimerais bien que ça se passe mieux, oui. Je ne suis pas maso. Mais je n’ai plus envie d’être naïf. »

— « Personne ne te demande d’être naïf. Je te demande de choisir ton rôle. Aujourd’hui, tu es lucide, mais tu utilises ta lucidité pour commenter. Pas pour agir. »

Marc le regarda, intrigué.

— « Qu’est-ce que tu veux dire ? »


Transformer le râleur en contradicteur utile

Vincent posa les choses simplement.

— « Je ne veux pas te transformer en optimiste niais. Ce serait raté en une journée. Mais je veux que tu arrêtes de te comporter comme si ton seul rôle était de dire : “Ça ne marchera pas.” »

Il marqua un temps.

— « On va tester un deal pendant un mois. À chaque fois que tu as une critique, tu ajoutes derrière : “Si on veut que ça marche, il faudrait…” Ou, à défaut : “Qu’est-ce qu’on change pour que ça ait une chance de marcher ?” Si tu n’as ni idée ni question, tu gardes la remarque pour toi. »

Marc eut un rictus.

— « Tu es en train de me dire que je n’ai plus le droit de râler. »

— « Tu as le droit de râler utile. Tu n’as plus le droit d’arroser en continu sans rien construire. »

Vincent poursuivit :

— « Deuxième règle : tu choisis tes combats. Tu notes ce qui te hérisse dans la semaine, et tu sélectionnes trois sujets maximum. Les trois où tu penses qu’on peut vraiment changer quelque chose. Le reste, tu le laisses passer. »

Marc souffla.

— « Ça va me faire bizarre. »

— « Ça te fera surtout gagner de l’énergie. Et nous aussi. »

Vincent termina :

— « Et en réunion, si tu sens que tu vas partir en mode “On connaît la chanson”, tu me regardes avant de parler. Juste ça. On verra si c’est le bon moment, ou si on traite le sujet à part. »

Marc joua avec le couvercle de son gobelet.

— « Et si je vois qu’on fait semblant de m’écouter pour ne rien changer ? »

— « Alors tu me le diras. Et on aura une autre discussion. Mais donne-toi au moins une chance de voir ce que ça donne quand tu utilises ton franc-parler pour ouvrir des portes, pas pour les claquer. »

Ses traits se détendirent légèrement.

— « Bon… On tente un mois. Mais tu ne viendras pas te plaindre si je rechute. »

— « J’ai déjà Paul, Claire et Thomas à gérer. Une rechute, je devrais survivre. » répondit Vincent avec un sourire.


Quelques semaines plus tard – le même diagnostic, une autre énergie

Deux semaines plus tard, dans Cassiopée, l’ambiance n’était plus tout à fait la même.

Julie présentait la nouvelle version du standard atelier : une fiche A4, des schémas, moins de jargon. Marc feuilletait le document, concentré.

— « Marc, tu en penses quoi ? » demanda Julie.

Tout le monde se raidit un peu. L’ancien réflexe.

Marc prit une inspiration.

— « Honnêtement ? » commença-t-il. On sentit quelques épaules se tendre. « C’est beaucoup plus digeste. Si on veut que ça prenne vraiment, je pense qu’il faudra le tester sur une vraie série avec l’atelier, et accepter d’en enlever encore un peu. Je propose qu’on bloque une heure avec eux pour le faire tourner en conditions réelles. Je veux bien venir. »

Ce n’était pas un feu d’artifice d’enthousiasme. Mais pour ceux qui le connaissaient, c’était un virage.

Julie le regarda, surprise.

— « Ok. On le planifie. Et merci, ça me va bien que tu sois là. »

En sortant, Karim glissa à Vincent :

— « Tu lui as donné quoi ? Il râle encore, mais j’ai l’impression qu’il y a un mode “utile” qui s’est activé. »

Vincent haussa les épaules, un sourire en coin.

— « On a juste passé un deal : critique autorisée, mais paquet cadeau obligatoire avec. »

Marc, lui, ne se voyait pas comme un homme transformé. Il voyait toujours les failles, les contradictions, les effets secondaires des grandes idées. Simplement, chaque fois qu’une phrase commençait par « De toute façon… », il la laissait mourir là. Ensuite, il cherchait ce qu’il pouvait ajouter derrière pour que ça serve à quelque chose.

Le râleur restait râleur.
Mais il ne se contentait plus de casser l’envie des autres.


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